Le paradoxe de Rotterdam


*Report by Jean-Philippe Peynot*

Une ville nouvelle qui a vu naître Érasme au XVe siècle. Une ville anarchique où chaque chose se trouve à sa place. Une ville marchande où les relations humaines l’emportent sur les négociations. Une ville industrielle où il fait bon vivre. Rotterdam s’est vue mourir lors de la Seconde guerre mondiale, mais au même moment elle renaissait de ses cendres, avec une force et une vitalité qui en fait l’une des villes les plus surprenantes et séduisantes, en ce début de XXIe siècle.
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Le paradoxe de Rotterdam
Depuis plus de mille ans, la ville de Rotterdam avance vers l’avenir et vers la mer. Photo : © Peter Schmidt / Rotterdam Image Bank

Lever le voile sur Rotterdam
Certaines villes savent se faire désirer, faire parler d’elles à travers le monde, pour attirer les voyageurs. Ainsi Paris, Londres ou Amsterdam se prêtent facilement aux rêveries de ceux qui ne les ont pas encore visitées. Et puis il est d’autres villes, plus discrètes, plus secrètes qui se donnent moins facilement. Rotterdam est l’une d’entres-elles. Principal port de l’Occident, elle n’a pas cédé à la seule préoccupation de soigner son image. Rotterdam est une ville qui vit pour ses habitants, une ville authentique, de celles qui provoquent des coups de foudre. Votre voyage débute en train avec le Thalys au départ de Paris. En seulement 2h37, vous êtes à Rotterdam. Vous déambulerez au bord de l’eau, toujours au bord l’eau, qui est omniprésente, parmi la forêt de gratte-ciel, parsemée de maisons anciennes conservées précieusement. À Rotterdam, le poids de l’histoire se fait léger. La ville est contemporaine, et l’on a immédiatement l’impression d’y trouver sa place. Ici, pas de centre ni de périphérie, la ville a grandi le long de la Nouvelle Meuse, qui conduit les eaux du Rhin vers la mer du Nord, le port s’étant déplacé d’Est en Ouest pour accueillir des navires toujours plus grands.

L’architecture comme cœur de ville
À Rotterdam, la tradition architecturale ne passe pas par un style ou l’avènement d’une époque mais par un intérêt de tout un chacun pour l’architecture, son histoire et ses développements les plus récents. Ainsi, la maison Sonneveld, paradigme de la « machine à habiter », conçue en 1929 par Leendert van der Vlugt et Johannes Andreas Brinkman fait-elle face à l’Institut néerlandais d’architecture, où l’on célèbre l’architecture du quotidien et où l’on questionne la manière de construire la ville, bien au-delà des préoccupations « cosmétiques » qui se réduisent souvent de nos jours à choisir une « star » de l’architecture plutôt qu’une autre pour ajouter un nouveau bâtiment, comme s’il s’agissait d’une collection plutôt que d’une ville. Ne se résumant pas à ses bâtiments, Rotterdam semble pouvoir se réinventer. Une ville toujours contemporaine, toujours vivante, et plus séduisante que jamais.

Le paradoxe de Rotterdam
La chambre Frank Brandwijk © Pincoffs

Chez vous à Rotterdam
L’hôtel Pincoffs allie l’ancien et le moderne, ainsi que les avantages d’une chambre d’hôtes et ceux d’un grand hôtel. Dans un mélange subtil d’antiquités et de mobilier contemporain, réunis avec originalité, et parfois même avec humour, tout en prenant en compte la lumière, les volumes, les souvenirs…, vous sentirez comme chez vous. Savoir allier les contraires pourrait-il être un gage de réussite, de séduction ? En prenant le nom de Lodewijk Pincoffs, célèbre homme d’affaire qui au XIXe siècle contribua à donner au port de Rotterdam l’importance qu’il a encore aujourd’hui, l’hôtel Pincoffs s’inscrivait dans cette histoire complexe d’un homme qui fut célébré avant d’être honni, et d’une ville qui rayonna à travers le monde avant d’être presque complètement détruite au siècle passé.

Romantisme industriel
Après avoir parcouru le monde en tant que journalistes, Karen Hamerlynck et son mari Edwin van der Meijde, amoureux de Rotterdam, ont décidé d’y créer leur hôtel idéal. Selon Karen, originaire d’Amsterdam, Rotterdam est une ville romantique qui vous prend par les sentiments, « un romantisme industriel en quelque sorte », et c’est aussi « une ville où il y a beaucoup d’espace, pour ses bâtiments, ses habitants et aussi pour les idées. Si vous avez une bonne idée, on vous donne votre chance. Dès lors que vous souhaitez faire quelque chose de positif pour la ville, tout le monde vous aide, depuis les voisins jusqu’aux responsables politiques. » Voila peut-être pourquoi l’hôtel Pincoffs vous semblera si accueillant et charmant : il y a de la place pour vous !

Le paradoxe de Rotterdam
Les deux façades sur rue de l’hôtel donnent chacune sur un plan d’eau © Pincoffs

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La salle où est servi le petit déjeuner © Pincoffs

Le paradoxe de Rotterdam
Schieblock, le bâtiment occupé par les architectes ZUS et d’autres créatifs parmi lesquels Fabrique Urbaine, qui réalise les meubles que l’on voit au premier plan. Photo : Ossip van Duivenbode © ZUS

Ordre et anarchie
Rotterdam est une ville bouillonnante de créativité. Il y a bien sûr le prestigieux Centre d’art contemporain Witte de With qui cohabite, dans un même bâtiment, avec un autre centre d’art nommé TENT, mais il y aussi, juste à côté, un lieu beaucoup moins conventionnel : WORM, géré par des artistes qui, avec l’aide de la municipalité, sont parvenus à créer un Centre d’art modèle ouvert à toutes les formes de culture, savantes ou populaires, qu’il s’agisse de musique, de cinéma, de performance ou de n’importe qu’elle forme de création.
De la même façon, dans un quartier d’affaires où des projets immobiliers ont été interrompus par la crise, un collectif d’architectes nommé ZUS (Zone Urbaine Sensible) s’est mis d’accord avec la municipalité pour faire revivre les immeubles abandonnés dans ce laps de temps où la crise empêche tout projet immobilier de grande envergure.
Ironie de la situation, l’opération est un succès et les immeubles se sont convertis en un des centres de création parmi les plus dynamiques que l’on puisse imaginer. Et pourtant, pour le collectif ZUS et leurs nombreux camarades, comme pour WORM, c’est bien sur la base d’un mouvement contestataire, et plutôt anarchique, que s’est bâtie cette organisation qui garde un goût de liberté et de transgression, tout en intéressant aujourd’hui les promoteurs qui y découvrent de nouvelles possibilités ne se limitant plus à la seule construction de bureaux.

Un dîner dans le port de Rotterdam
Rotterdam est une ville entourée d’eau, mais elle dispose aussi de terres agricoles toutes proches. La préoccupation pour l’environnement est une condition nécessaire à la survie de la ville et chacun semble en être convaincu, à commencer par les chefs cuisiniers, dont Herman den Blijker. Dans un ancien entrepôt auquel on avait donné le nom de la capitale des Îles Canaries, le restaurant Las Palmas offre une cuisine simple mais de grande qualité, dans un cadre convivial rappelant l’ambiance du port. La morue, pêchée dans la mer du Nord, et l’agneau, qui a grandi dans une ferme toute proche, sont exceptionnels, et préparés avec beaucoup de délicatesse. À noter aussi, un service parfait et un personnel souriant, du moins, comme il le dit lui-même, quand le chef n’est pas là !

Le paradoxe de Rotterdam
Le restaurant Las Palmas offre un espace convivial où l’on voit les cuisiniers préparer les plats. © Las Palmas

Le paradoxe de Rotterdam
L’exposition Handmade, au Museum Boijmans Van Beuningen nous conduit à réfléchir sur les idées reçues concernant l’artisanat; montré ici Asymmetric Coral Dress (2012) de Iris van Herpen, Photo : Michel Zoeter. © Iris van Herpen

Le paradoxe de Rotterdam
Royal Blue Wool Isla Pants, Rust Orange Wool Straight Top, Royal Blue Background and Loyal Plant. Modèle de la collection Come in your blue stockings de la très jeune et talentueuse Daisy Kroon. Photo : Remty Elenga. © Daisy Kroon

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POUR PLUS D’INFORMATION SUR ROTTERDAM


www.rotterdam.info (Office du Tourisme de Rotterdam)

Une Application Pour Tout Savoir des meilleures adresses, festivals, événements, expositions… Téléchargez le « Rotterdam App » sur votre téléphone portable, en composant : m.rotterdam.info/download

/ PARIS - ROTTERDAM EN TRAIN
www.thalys.com
En seulement 2h37 depuis Paris, avec le Thalys. 10 départs chaque jour.

/ VOTRE HÔTEL
The Pincoffs Suite Hotel - Stieltjesstraat 34 - www.hotelpincoffs.nl

/ RESTAURANTS
Las Palmas - Wilhelminakade 300 - Des produits frais, dont le poisson pêché dans la mer du Nord et l’agneau qui à grandi tout près de Rotterdam, pour une des meilleures tables de la ville. www.restaurantlaspalmas.nl

Restaurant Ivy - Lloydstraat 294 - Cuisine classique et moderne à la fois - www.restaurantivy.nl

Hopper - Schiedamse Vest 146 - Pour déguster un des meilleurs cafés de Rotterdam et manger un petit encas ou une pâtisserie maison - www.hopper-coffee.nl

/ ACHATS MODE ET DESIGN
Groos - Schiekade 203 - Les jeunes designers de Rotterdam réunis dans ce magasin, « fier » de les présenter au public. L’immeuble est entièrement dédié à la création - www.groos.nl/

Margreeth Olsthoorn - Schilderstraat 5 - Une sélection très chic des nouvelles tendances de la mode pour hommes et femmes, dont celle de la marque hollandaise Avelon - www.margreetholsthoorn.nl

ANSH46 - Boutique de mode pour femmes avec certains des meilleurs couturiers dont Alexander Wang, Rick Owens et Helmut Lang - Mauritsweg 51 - www.ansh46.com/

/ CULTURE
Institut néerlandais d’architecture - Sibyllegatan 31 - http://www.nai.nl

Museum Boijmans Van Beuningen - Museumpark 20 - www.boijmans.nl

NAi – Nederlands Architectuurinstituut - Oppert 34 – www.nai.nl

WORM - Lieu insolite, géré par des artistes, où arts visuels, musique et cinéma cohabitent en bonne harmonie - www.worm.org

TENT et Witte de With, centre for contemporary art - Witte de Withstraat 50 - www.wdw.nl et www.tentrotterdam.nl

KUNSTHAL (arch. Rem Koohaas), Westzeedijk 341 (de l’autre côté du Museumpark) – www.kunsthal.nl