Behind the green door: La triennale d’Architecture d’Oslo par Rotor


Le développement durable est un terme d’usage qui inclut tout et rien à la fois. Cette expression, mise à toutes les sauces, n’a pas toujours été utilisée à propos. Ce qu’il en reste est vide de sens et difficile à prendre au sérieux. Par Valentina Ciuffi
 

Behind the green door: La triennale d’Architecture d’Oslo par Rotor
Rotor; photo Benjamin Brolet

C’est justement ces frontières sémantiques fragiles qui ont poussé le collectif Rotor à s’intéresser à cette terminologie. Il leur a fallu d’abord comprendre les idées derrière ce concept de développement durable, enfermé dans ses carcans de la fin des années 80, pour l’appliquer à la réalité actuelle. Jusqu’au 1er décembre, le collectif belge dévoile sa recherche à Oslo, ce qui promet d’être une triennale riche et stimulante, entièrement dédiée à l’étude des théories et pratiques qui ont été associées avec l’appellation de ‘développement durable’.

Behind the green door: La triennale d’Architecture d’Oslo par Rotor
MaRGeN-Lab avec IaaC & Endesa, pavillon ENDESA, commandé et nommé d’après une entreprise d’électricité locale, Barcelone; photo Adria Goula

TLmag: Pourquoi avez-vous choisi d’organiser une triennale autour de ce seul concept?

Rotor: La plupart des festivals d’architecture traitent souvent de projets hétérogènes qui sont réunis autour d’un très vague label. Nous voulions limiter le champ: les trois principales expositions de cet événement norvégien se concentrent chacune à leur manière sur le concept de durabilité. D’évidence, ce mot a ennuyé un grand nombre de personnes dans le monde de l’architecture, les critiques et journalistes y compris. C’est pourquoi nous avons trouvé important d’investiger cette notion de manière objective avec tout ce qu’elle contient, plus que jamais aujourd’hui, avec une quantité infinie de projets de portée souvent politique. Il est en effet nécessaire de se questionner sur la manière dont ce concept abstrait, sur lequel chacun s’accorde, a été traduit actuellement dans des créations sur le terrain, les lois et l’éthique. Nous pensons qu’il est particulièrement intéressant d’organiser cette triennale en Norvège, un pays dont l’économie dépend largement de l’industrie pétrolière et où les discussions autour du développement durable ne peuvent pas être abordées de façon légère. Notre exposition a démarré sur cette question: quel est le point commun entre tous les projets qui se disent durables? Partagent-ils plus qu’une même intention?

TLmag: Est-ce qu’il existe de réels projets durables?

Rotor: Nous vivons dans un monde qui n’est pas durable, les changements climatiques indiquent en effet qu’il s’agit d’une réalité. Tout est connecté directement ou indirectement de manière tout à fait imprévisible. Pour un projet qui se dit ‘durable’, il faut aussi qu’il y ait une limite conceptuelle qui l’entoure pour l’isoler de son contexte non durable. La maison durable dans une ville qui ne l’est pas, la ville durable qui fait partie d’une économie non réelle, etc. Un cas intéressant est celui de la ville de Masdar, un projet zéro carbone et de gestion des déchets, conçu par les architectes Foster & Partners, actuellement en construction près d’Abu Dhabi. Lorsque beaucoup disent qu’il s’agit de la plus vaste ville durable, il est étonnant de constater le peu d’enthousiasme autour de Masdar. Le mur qui entoure le centre-ville sépare en effet entièrement la ville durable de son contexte qui ne l’est pas.

Behind the green door: La triennale d’Architecture d’Oslo par Rotor
Foster + Partners, Masdar City, Abu Dhabi, (2006- on going)

Behind the green door: La triennale d’Architecture d’Oslo par Rotor
Maison individuelle à Louvain; Belgique, 2012; photo Rotor

TLmag: Que gagnez-vous alors à défendre les projets durables?

Rotor: Pour nous, l’argument le plus convaincant en faveur de la durabilité, sans compter combien ce concept est devenu vague, est qu’il a créé une atmosphère qui rend le doute possible. Il est devenu évident que l’option la plus économique n’est plus par défaut la meilleure option. Prenez en exemple les gestes durables que vous introduisez dans la vie quotidienne qui sont souvent superficiels ou facilement oubliés – tels que le tri sélectif des poubelles ou le carpooling –, une manière d’exposer les gens à des idées alternatives. Si la durabilité n’a pas contribué à faire progresser la société, elle a certainement le mérite d’avoir introduit le changement et de faire prendre conscience que le monde au sein duquel nous vivons ne peut être accepté sans conditions. Il s’agit déjà d’un bel accomplissement!

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Rotor
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